2011-17

Dialogues

2017 - Paris

Partager...

Certes oui, il est étranger, mais l’un ne connaît pas plus l’autre, ils sont donc étrangers à égalité.

Ils se parlent, ils échangent mots et signes, ils font connaissance à tâtons, à petites phrases, à grands gestes, à sourires.

Regardez ces corps, ces positions, ces avancées où certains reculs, on dirait sur ces planches que la suite des photos forment le syntagme d’un rapprochement. On voit dans cette série d’attitudes, de gestes, comme un nouvel alphabet.

Chaque cliché est une façon d’essayer de se comprendre, de partager. Comme un signet.

Ces suites de photos sont l’illustration du langage de la fraternité. Les corps comme des points d’exclamations, d’interrogations. Ce ne sont pas des hiéroglyphes indéchiffrables.

Chacun peut décrypter le M que forme une famille en groupe, ou le H des corps face à face cherchant à se comprendre.

L’on peut s’amuser, en regardant groupe après groupe, chercher à composer le mot de liberté, ce ne sont pas exactement nos lettres, c’est un alphabet universel : curiosité, intérêt, compréhension, questions, imagination, rires, complicité...

En regardant ces photos, nous pouvons tous traduire ce que veut dire ce magnifique langage des signes : « j’essaye de partager ».

Je t’écoute pour savoir comment aider, protéger, rassurer. Je te parle de mes doutes, de mes solitudes, de mes envies. Je te parle avec plaisir, pour apprendre, se rencontrer et partager.

Caroline Feyt nous montre ces conversations, ces échanges, et nous, en les contemplant, nous entendons toutes ces paroles.

Ces photos bruissent de sourires, ces photos nous parlent, ces photos s’entendent.

Romain Goupil
cinéaste

Jardins

2015 - Paris

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Calais

2015


Voici ce que j’ai vu dans le camp de migrants de Calais les 20 - 21 - 22 novembre 2015. J’ai choisi de montrer ces photos en vrac... Une jungle d’images. Juste ma façon de témoigner.

Petits Frères

2014 - Paris

Photographier leurs paroles,
C’est à l’occasion d’une commande photographique de la fondation Louise Roulin que j’ai pu rencontrer les habitants des trois résidences qui les accueillent dans le 18ème arrondissement à Paris : Vincent Compoint, Eugène carrière, Anne-Marie Blaise.
Dans chacune d’entre elles, des réunions, des gouters, des bals y étaient organisés. J’ai pu ainsi en y allant, tisser des liens avec les résidents, et je me demandais : comment photographier ? comment respecter au mieux ses personnes si démunies, si fragiles sans risquer en les photographiant de les dépouiller de leur âme ? comme disent les africains.
C’est alors que l’idée d’installer un studio de prise de vues, où ils se photographieraient eux même, m’est apparue comme une évidence.
Afin d’éviter tout aspect théâtrale et dramatique du portrait, les images ont été réalisées dans les mêmes conditions pour tous, par les personnes elles même, devant un fond clair, au flash et pendant nos conversations.
J’étais face à eux, l’appareil photo fixé sur un trépied, nous nous parlions, quelque fois pas, rien n’était imposé, mais beaucoup avaient un grand désir de se livrer, et moi d’écouter leur récit.
Parfois ce qu’ils me disaient ne leur permettait pas de déclencher, tant ils étaient concentrés par leurs paroles et c’est pendant les moments de silence qu’ils pouvaient la plupart du temps se prendre en photo.
Ainsi était en balance, la prise de paroles contre la prise de vues.
Chaque portrait était le reflet de ce moment partagé, de cette parole libérée, mais aussi de mon écoute.
Des hommes, des femmes de 50 à 70 ans, de différentes origines, m’ont raconté pourquoi et comment ils avaient tout perdu. Les points communs à tous ces récits étaient la perte d’un ou plusieurs êtres aimés, souvent leur mère qui, quand elle ne les a pas abandonné à la naissance, ne leur a pas dévoilé l’identité de leur père ; d’une rupture au sein du couple ; certains ont vécu la guerre et ont subi la torture.
Il était convenu de se prendre en photo tel qu’on est, sans artifice, sans jugement, de trouver dans cette « vérité » du portrait une certaine beauté à être simplement là, présent, devant l’objectif.
Par la suite, je suis allée les interviewer et leur ai demandé comment ils se trouvaient sur les photos, s’ils s’y aimaient et je les ai laissé me répondre ou me répondre à coté. Je n’avais aucun appareil d’enregistrement, j’écrivais leurs paroles comme des instantanés, laissant parfois aussi ma mémoire faire le tri.
Ce sont ces instantanés de paroles et la subjectivité de ma mémoire que j’ai choisi de mettre en légende à leurs portraits.
Je les remercie pour la confiance qu’ils m’ont faite.

Première gorgée du monde

2012

(...) Cet enfant au sein d’une mère désirante, n’est-il pas victime, victime heureuse d’une violence, d’une passion qui le dépasse ? Passion nécessaire à la vie du désir de l’infans, quand au moment où la bouche rencontre le sein, elle rencontre et avale une première gorgée du monde (...)
P. Aulagnier, La violence de l’interprétation, ed : puf, 1986.