2000-10

Jeux vidéo

2010

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Biffins

2009 - Paris

Des personnes âgées avec petite ou sans retraite, des immigrés avec ou sans papier cherchent à survivre en vendant ce qu’ils trouvent dans la rue. On les appelle les Biffins.
La mairie leur a permis de vendre, les week-ends, sur 1m2 de trottoir, sous le pont du périphérique, des objets, des vêtements, quelque fois même de la nourriture.

Je les ai photographiés aux portes de Paris et j’ai choisi dans cet ensemble de mettre en rapport des corps et des objets. Les photographies sont faites de manière aléatoire, sans viser, sans cadrer, l’appareil photo est caché, il ne s’agit pas de prendre des photographies, Il n’y a pas de prise de vue à proprement parlé, mais plutôt des vues trouvées, c’est-à-dire découvertes bien après le déclenchement intuitif de l’obturateur.

Les objets au sol révèlent des identités fragiles sans cesse réduites à ce qu’elles possèdent, elles apparaissent sans visage, cette pauvreté a tous les visages,
elle s’adresse à nous tous et nous questionne.

Ugolin

2006

C’est à la lecture de Dante, l’histoire du comte Ugolin que j’ai eu l’idée de photographier les enfants et leurs parents. J’ai ainsi passé une annonce, les parents ont répondu, tous m’étaient inconnus. Je les ai photographiés dans des squares avec un objectif 135 mm pour n’être ni trop près, ni trop loin. Je voulais photographier le regard des enfants. Pendant que le parent le tenait contre lui, à hauteur de ses yeux, l’enfant me faisait face.
Je l’appelais tranquillement par son prénom pour qu’il regarde dans ma direction. Il ne voyait pas mon visage qui restait caché derrière l’appareil photo. Certains d’entre eux semblaient inquiets de ne pas reconnaître un visage derrière cette voix qui les appelait.

Leur inquiétude me rappelait celle des enfants d’Ugolin décrite par Dante dans l’enfer ( Chant XXXIII).
Je voyais dans leur regard toute l’angoisse d’être l’enfant de ses parents, d’être soumis à leur autorité sans pouvoir s’en échapper. Enfermés dans une tour qu’est la famille Ugolin fini par dévorer ses fils :
(…)« Les yeux morts, sur chacun à tâtons j’allais cherchant ; deux jours je les clamai, têtes sans vie.
Puis jeûne fit ce que deuil n’avait pu ».(…)

Hors de cette famille, je me suis vue moi même avalant des yeux, l’enfant qui me regardait, ce réel qui me faisait face, je me perdais un instant, dans ce vertige de regards et me demandais : qui mange qui ? Est-ce moi où l’enfant qui dévore ?

Ne sommes nous pas tous ces Ugolins dévorants et dévorés par nos propres images, nos propres visions qui nous enferment. Quel rapport a t on aujourd’hui au réel qui se donne et à l’instant qui nous frappe ? Sait-on encore voir sans les images ? Vivre sans elles, au jour le jour, au lendemain ?

Apnée

2005

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"Il est comme l’arbre planté aux ruptures des eaux"

vidéo 2005

Naissance, ralenti.
3mns, muet

TT

vidéo 2004

De 20 seins coulent des gouttes de lait.
Durée : 10s, lecture en boucle, muet.

Le cri bleu

vidéo 2004

Gros plan sur la bouche d’un bébé qui tète.
Durée : 17 mns, sonore

Talus

2003 - Italie

(...) Mais il est aussi d’autres fleurs, plus isolées et plus résistantes, celle des ces talus de pierre concassées, de détritus, et de tous les monticules qui barrent la vision, et créent même une vision négative. Ici, on est proche des paysages anthropiques d’un Robert Smithson. Car le lointain n’est jamais que celui d’une modernité sauvage, urbaine et industrielle, une « désarchitectures, et le proche surdimensionné est l’envers du paysage-cosmos. Ici, pas d’immémorial végétal, mais ce temps paradoxal, celui des ruines du futur. Un temps tellurien, une géologie mise à nu dans ses strates et sa puissance de destruction toute humaine.(...)
Extrait du texte : Les miroirs du Temps, Christine Buci-Glucksmann

Sorties d’école

2003 - Italie

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Bouteilles à la mer

2001



 

Maisons abusives

2001 - Italie

(...) Entre l’éphémère mélancolique des paysages d’abandon, où les gris, les noirs et les blancs contrastent avec le bleu du ciel, et l’éphémère plus affirmatif des paysages cosmiques, toutes les photographies de Caroline Feyt sont comme des miroirs du temps. Celui d’une cosmogenèse positive, déjà présente dans Feux, Vols, Vagues, et de son envers, ce que l’homme fait de la nature. Il y a là une écologie du regard, où des maisons inachevées et solitaires deviennent les squelettes de notre modernité. Mais positive ou négative, la vision n’existe que par un travail de vide et de transparence, comme cette nuée florale blanche très floue, ou ces verts bleutés de terre, ciel et arbres, qui unifient certains paysages. Sans doute parce que l’art de Caroline Feyt est bien celui d’une « esthétique de l’éphémère », où l’on saisit le passage du temps et une puissance de vie toujours fragile, prise dans les sensations d’univers propre au cycle panthéiste de la nature. Au fond, la photographie retrouve là l’immanence d’un monde, qui nous mesure et nous démesure. Un miroir de vérité.
Extrait du texte : Les miroirs du Temps, Christine Buci-Glucksmann

Terra

2000 - Italie

Des Arbres, des oliviers centenaires aux troncs noueux, enracinés dans cette
terre du Sud, et flottant dans l’éphémère d’un tapis de fleurs dans leur éclosion colorée.
Le vertical et l’horizontal, la terre et le ciel, l’immémorial et l’éphémère, le proche et le lointain, tels sont les éléments, voire l’élémentaire, du faire-paysage de Caroline Feyt.
Car à saisir le moment saisonnier, on pénètre dans cette « intimité cosmique » dont parle Paul Klee, où la pesanteur semble s’envoler vers l’aérien et le très léger de toutes les transparences.
Comme si le paysage sans l’homme était un portrait ou un miroir du cosmos, où l’horizon se perd dans l’éclat du vert végétal ou le suspens orange des vagues florales d’un devenir-fleur généralisé.

Seul et centré, immense et surdimensionné en premier plan, démultiplié dans un champ d’oliviers bleuté, l’arbre nous reconduit à une généalogie de l’immémorial. Symbole de vie dans toutes les cultures, arbres des jardins de paradis ou des enluminures, arbre au trait noir de Matisse ou arbres de cristal de Penone, l’arbre nous renvoie à une verticalité toute terrestre qui s’épanouit vers le haut. Ici, les photographies mettent entre parenthèses toute perspective, au profit de ce que l’esthétique chinoise appelle l’exploration des lointains. Trouver « la juste distance » des choses et des plans, celle où se combine un double processus : proche-lointain et lointain-infini. Dans l’éphémère floral à hauteur de regard , l’infini est un plan fluide et panoramique de surface et de lumière. « La fleur voit » comme le disait Odilon Redon.(...)
Extrait du texte : Les miroirs du Temps, Christine Buci-Glucksmann