1989-99

Vers le sol

1999 - Forêt de Fontainebleau

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Vagues

1998

(…) voici des vagues, des creux comme ceux que nous offre l’océan près de Biarritz, et voici des rouleaux qui déferlent, qui nous foncent et même nous passent (par)dessus. On imagine la photographe semi-immergée, cadrant au hasard dans la chair liquide des forces qu’elle affronte, avec des vitesses d’exposition assez lentes, captant dans le filet de ses filés le choc de la déferlante, tentant de garder quelque chose comme une structure abstraite de composition, avec le ciel en haut, l’eau en bas et le creux sombre au milieu, mais toujours mêlés, enchevêtrés, échevelés : où est la vague, où est la lumière, où sont les nuages ? est-ce eau ? terre ? végétation ? ciel ? Infini réseau d’une noyade de la perception dans les mouvements insaisissables de l’immatière. Mémoire-trace sensorielle, la photo se fait ainsi sculpture liquide d’une matière sans forme. (…)
Extrait du texte : L’épreuve de l’immatière ou les précipices haptiques de la photographie, Philippe Dubois

Ruines-Rome

1996-97

(...) des ruines romaines, le Colisée, le Forum, captées à la chambre (6 x 9), déformées jusqu’à l’irreconnaissable par des flous de mise au point et une sous-exposition systématique qui accentue les noirs jusqu’à nous précipiter dans l’indistinct obscur d’une profondeur de la matière. Pas de bougé dans l’objet (immémoriale immobilité des pierres), seulement la vibration interne du modelé des grains photographiques. Gouffre de la matière par lequel l’architecture s’efface dans l’(archi)texture. (...)
Extrait du texte : L’épreuve de l’immatière ou les précipices haptiques de la photographie, Philippe Dubois

Vols

1994-95

(...) des oiseaux en plein envol, sur fond de ciel. Giclée de mouettes saisies en masses vibrantes, survolant des décharges publiques, déchirant l’écran de leurs battements d’ailes, et dont la foule compacte forme un véritable imbroglio visuel : images-textures, ici aussi, construites sur la mémoire optique-haptique du mouvement, travaillant les passages à vifs de la lumière en une alternance intensive d’ombre et d’éclat (le plumage clair sur le gris du ciel), ouvrant l’image à des effets de clignotement et d’intermittence, comme le clignotement en noir et blanc du cinéma, et tissant à la surface même de l’image une sorte de trame faite de nœuds et de traits indémêlables. (...)
Extrait du texte : L’épreuve de l’immatière ou les précipices haptiques de la photographie, Philippe Dubois.

Feux

1993 - Paris

(…) des fumées et des feux négatifs, cadrés serrés, compositions toutes de tourbillons, de volutes, de vertigineuses spirales, de toutes ces formes incroyables qui se dégagent de pneus incendiés. Images pour la plupart prises à partir de vues assez rapprochées et en plongée, juste au-dessus des flammes et de la fumée, et qui traduisent toujours ce rapport immersif du regard capteur : on se sent pour ainsi happé par ces fantastiques contorsions, comme si flammes et fumées s’immisçaient jusque dans l’appareil, jusqu’à brûler sinon les yeux au moins la pellicule (c’est-à-dire la peau de l’image). D’autant qu’il y a les inversions de valeur, du noir et du blanc, qui troublent notre rapport à ce spectacle : les fumées noires du caoutchouc y font de lumineuses envolées blanches, tandis que les flammes brillantes s’y font sombres et opaques. Singulière impression perceptive d’une matière autre, qu’on connaît en principe mais qu’on ne s’habitue pas à regarder ainsi, où la scission du voir et du savoir empêche toute reconnaissance identitaire au profit d’un pur sentir. Si bien que devant ces images irrécupérables, les effets de voile et de trame, les écheveaux de matière-fumée inversée, acquièrent une plasticité sculpturale sidérante, digne de la beauté de « l’explosante fixe » chère à André Breton.(…)
Extrait du texte : L’épreuve de l’immatière ou les précipices haptiques de la photographie, Philippe Dubois

Les négatifs

1992 - Inde

(...) images de visages et de corps en mouvement (pris soit en Inde, soit à Paris), là aussi inversées dans les valeurs de positif et de négatif (d’autant qu’il s’agissait souvent de contrejour), captées à vitesse lentes, donnent à voir moins des personnes (dont l’identité a été quasiment effacée, réduite à la figure-trace d’être de passage) que des corps de matière mate, résistante à la lumière, sorte de matière-carbonne aux gris sombres et somptueux où l’événement optique-haptique tient dans les apparitions et modulations d’une lumière négative. (...)
Extrait du texte : L’épreuve de l’immatière ou les précipices haptiques de la photographie, Philippe Dubois

Montagnes

1991

(...) Toujours en images négatives, voici des glaciers dans les montagnes qui fascinent parce que la neige ou le ciel y paraissent entièrement noirs alors que le sol des montagnes y est clair, et que agrandis, rephotographiés après projection du négatif sur le mur, c’est le grain, la trame aplatie d’une image vibrante et sans profondeur qui s’impose à notre sensation, renvoyant le motif à un jeu presqu’abstrait de découpe paysagère. (...)
Extrait du texte : L’épreuve de l’immatière ou les précipices haptiques de la photographie, Philippe Dubois

Toros

1989-90 - Espagne

(...) Caroline Feyt évoque une mythologie venue du fond des âges et qui se prolonge encore aujourd’hui dans les corridas d’Espagne. Le taureau animal divin. Mais elle a relié cette célébration mystique à une réalité bien plus ancienne encore, celle de la surface des roches et écorces. Un mythe ancestral trouve corps et support dans la présence concrète et immémoriale des choses qui nous environnent à chaque instant mais que nous ne savons que si peu voir.(...)
Extrait du texte de Jean-Claude Lemagny

Paysages

1989

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